ONEA : Des milliards FCFA « coulés » dans une vague d’irrégularités

Un audit de l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), portant sur la gestion de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), révèle une série de manquements à la fois organisationnels, comptables et financiers, ayant entraîné une incidence financière globale estimée à 15 004 263 518 francs CFA. Le document, couvrant plusieurs exercices (notamment 2019, 2020 et 2021), met en lumière une accumulation d’irrégularités et d’insuffisances.

L’ONEA, une des sociétés d’État les plus stratégiques du pays. C’est grâce à elle que l’eau coule chaque jour dans les robinets. Mais derrière cette position stratégique se cache souvent une gestion comptable et financière approximative. C’est ce que laisse entrevoir un rapport d’audit commandé par l’ASCE-LC, portant sur des années antérieures aux responsables actuels. Son contenu révèle une mécanique administrative truffée d’anomalies. Ce sont parfois des lignes budgétaires, en apparence anodines, qui s’égrènent comme de simples détails. Mais mises bout à bout, elles finissent par peser lourd sur l’équilibre des finances publiques.

Premier constat important : l’ONEA a engagé 1,010 milliard de francs CFA dans diverses dépenses sans pièces justificatives. Concrètement, il s’agit de subventions accordées à la mutuelle des travailleurs (21 275 000 FCFA), de sponsoring d’activités de l’ABMAQ (6 000 000 FCFA), de dons (22 200 000 FCFA), de subventions à des agents utilisant leurs engins personnels pour des missions de service (47,5 millions FCFA). On y trouve également 1,75 million attribué à d’autres associations, 5,2 millions en dons et pourboires, et 3,45 millions pour du sponsoring. Le reste de ces dépenses non justifiées est classé dans la catégorie « autres charges », qui concentre à elle seule la majorité des montants concernés. Une bonne partie de ces dépenses remonte à 2021. Et ce n’est pas tout.

2,58 milliards FCFA sans justificatifs

D’autres cas de sorties fonds sans pièces justificatives apparaissent dans les comptes. Le rapport les évalue à exactement 355 956 660 francs CFA. Cette somme aurait été utilisée pour des séminaires internes au Centre des métiers de l’eau (CEMEAU), des frais de recrutement de personnel, la rémunération d’experts ONEA, ainsi que pour des frais de restauration, de formation, de réception et divers, toujours au compte du CEMEAU.

Des pièces justificatives sont également absentes pour les opérations enregistrées dans le compte « 63 – autres services extérieurs » pour les exercices 2019 et 2021. Le montant total du préjudice est estimé à 2 581 717 576 FCFA, selon le rapport.

Un écart comptable estimé à 1,74 milliard FCFA

Au plan comptable, il apparaît que certaines dépenses ont dépassé les prévisions de 7 976 241 398 FCFA pour les années 2019, 2020 et 2021.

L’ASCE-LC signale aussi une mauvaise comptabilisation de 14 337 000 FCFA dans le compte 6041-Matières consommables.

En examinant les pièces comptables, un autre fait interpelle les auditeurs : d’importants écarts sont constatés entre les inventaires physiques et les données comptables. Les procès-verbaux d’inventaire totalisent un montant de 114 707 641 009 FCFA, alors que les livres comptables de l’ONEA font état de 116 449 928 212 FCFA — soit un écart de 1 742 287 203 FCFA. Ce différentiel constitue, selon l’ASCE-LC, un préjudice financier.

Marchés publics : 15 000 compteurs inutilisables acquis

Sur le plan financier, le rapport évoque d’autres cas tout aussi graves. L’un d’eux concerne une ligne budgétaire liée à un marché de gré à gré : quinze mille (15 000) compteurs d’eau DN15 ont été acquis en juillet 2019, mais ont été jugés « non conformes et déficients » par le responsable de la gestion des stocks de l’ONEA. Le préjudice financier est important : 277 482 900 FCFA.

En clair, plus de 277 millions de francs CFA de fonds publics ont été engagés pour du matériel finalement inutilisable. Et ce cas n’est pas isolé.

Retards de livraison non sanctionnés

Le 30 octobre 2019, dans l’urgence, la société a engagé l’achat de 5 000 compteurs d’eau pour un montant de 97 497 500 FCFA auprès de la société SURA Service Corporation SA, par la procédure de gré à gré. Le contrat imposait une livraison sous 15 jours. En pratique, seule la première tranche a été livrée dans les délais (en 8 jours). Les 2 900 compteurs restants, soit plus de la moitié de la commande, n’ont été livrés que 384 jours plus tard — plus d’un an après l’échéance. Aucune pénalité de retard n’a été appliquée, contrairement aux dispositions réglementaires en matière de marchés publics.

Autres irrégularités : les missions

Il ressort également du rapport que les ordres de mission ne sont pas toujours visés à l’arrivée et au départ, ce qui empêche de confirmer l’effectivité des déplacements. Le coût financier de ces missions est estimé à 29,88 millions FCFA.

Par ailleurs, l’absence d’ordres de mission justifiant le transport des participants aux formations est aussi relevée. Le préjudice associé est estimé à 16,329 millions FCFA.

L’ensemble des irrégularités et anomalies relevées dans la gestion de l’ONEA entraîne une incidence financière globale estimée à 15 004 263 518 francs CFA, selon le rapport. Ce dernier met ainsi en évidence un déficit de rigueur dans la gouvernance, la gestion comptable et les procédures d’achat au sein de l’ONEA.

Par Lomoussa BAZOUN, Sira Info.

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