Le Projet de résilience et de compétitivité agricoles du Burkina Faso (PReCA) est une initiative importante du gouvernement. Il est placé sous la tutelle technique du ministère en charge de l’agriculture. Son objectif est d’accroître la productivité agricole et de favoriser l’accès des petits producteurs et des petites et moyennes entreprises (PME) agroalimentaires au marché. Financé à 76,89% par la Banque mondiale et 8% par l’Etat et 17,632% par les bénéficiaires, le projet est en cours depuis 2020. L’Assemblée législative de transition s’est intéressée à sa mise en œuvre et a conclu que ses « performances sont insatisfaisantes ». Le rapport est finalisé en mai 2024.
La Commission d’enquête parlementaire sur « l’efficacité des projets et programmes financés sur ressources extérieures au Burkina Faso (CEP-EPPRE) » lève un coin de voile sur la mise en œuvre du Projet de résilience et de compétitivité agricoles du Burkina Faso (PReCA). Intervenant dans les régions de la Boucle du Mouhoun (Fara), des Cascades, (Sindou et Banfora), des Hauts-Bassins (Banzon), du Nord (Dourou) pour les aménagements hydro agricoles et dans les 13 régions du pays pour le financement de micro et sous-projets agricoles dans sept filières, l’exécution du PReCA s’étend du 14 janvier 2020 au 30 décembre 2025. Il est rattaché au programme budgétaire « aménagements hydroagricoles et irrigation ». Son coût total s’élève à 113,915 milliards FCFA, composé d’un prêt de la Banque mondiale d’un montant de 87,6 milliards FCFA (76,89%), de l’apport de l’Etat burkinabè estimé à 8,683 milliards FCFA (8%). Les bénéficiaires du projet doivent apporter une contribution totale de 17,632 milliards FCFA (15,48%).
Des performances insatisfaisantes
Lors de l’enquête, les députés ont eu des éléments permettant d’apprécier sa performance. Ainsi, il ressort « qu’au 31 décembre 2023, le projet enregistre un taux d’exécution physique cumulé de 40,90% et un taux d’exécution financière cumulé de 41,48%. Les taux de décaissement et d’absorption sont respectivement de 47,12% et de 88,04%. Le volume des investissements du projet depuis son démarrage s’élève à 47 254 274 478 FCFA. » Quant au délai d’exécution consommé, il était à 66,67%. Les députés ont ainsi conclu que « les performances du PReCA sont insatisfaisantes. »
La qualité douteuse de certaines infrastructures réalisées par le projet
Pendant que les performances obtiennent une note négative, les députés se sont aussi intéressés à la qualité des infrastructures réalisées dans le cadre de ce grand projet. Ils ont visité certains sites. Et voici leurs conclusions : « un problème de sécurisation des sites pour la plupart des bénéficiaires ; certains ouvrages sont très mal exécutés à telle enseigne qu’ils ont été détruits par les premières pluies ; la qualité douteuse des matériaux utilisés laisse présager des surfacturations ; l’absence de techniciens de suivi de qualité commis par le PReCA auprès des bénéficiaires. L’animateur PReCA de chaque région joue ce rôle et c’est à lui de certifier la réalisation des actions pour permettre un décaissement s’il y’a lieu ». La commission note aussi certains faits : « le montage de plans d’affaires qui ne tiennent pas compte des prix réels sur le marché au vu de la variation des prix ; la disparité des conditions de passation de marché ; le traitement disparate des bénéficiaires dans les décaissements. »
Au nombre des mauvaises réalisations, le rapport cite « le cas des installations de serres pour la production et transformation de la tomate de madame (…) dans la région du Plateau central, village de Zongo dans la commune de Dapelogo. »
Un modèle de financement contraignant
La commission d’enquête parlementaire évoque aussi un fait qui peut être un frein à la bonne exécution de ce projet. En effet, le modèle de financement du PReCA, obligeant les bénéficiaires à contracter un prêt auprès d’institutions financières avant la mise à disposition des fonds, « proposé par ce projet est un facteur de difficultés ». Le rapport souligne que la plupart des bénéficiaires n’arrivent pas à honorer leur engagement. « Cette situation peut compromettre l’atteinte des objectifs du projet. », conclut la commission.
Par Lomoussa BAZOUN, Sira info