Ouagadougou : le tribunal ordonne la fermeture du célèbre espace de prostitution « Allah ti kouma »

Tasséré Ouédraogo, présenté comme le « patron » de l’espace « Allah ti kouma » (en français : Dieu ne parle pas) à Ouagadougou, a été condamné le 4 février 2026 à 5 ans de prison, dont 3 ans ferme, et à 10 millions FCFA d’amende ferme pour proxénétisme et traite de personnes. Le verdict du Tribunal de grande instance Ouaga 1 sanctionne plusieurs personnes citées dans ce dossier pour proxénétisme et traite de personnes, dont les victimes sont des filles d’origine nigériane.

Le tribunal a reconnu coupable M. Ouédraogo ainsi que d’autres personnes inculpées dans ce vaste dossier de traite de personnes et de proxénétisme impliquant 21 accusés, dont 15 hommes (dont 12 Burkinabè) et 6 femmes nigérianes. Le procès s’est ouvert le 26 janvier 2026, un mois après l’annonce de l’arrestation de 22 personnes par la Division des investigations criminelles (DIC), annoncée le 23 décembre 2025.

Selon le procureur, l’enquête menée à « Allah ti kouma » a permis de dénombrer 14 cours comportant au total 202 chambres, avec 208 filles d’origine nigériane identifiées. L’un des accusés, Tasséré Ouédraogo, présenté comme le propriétaire d’un célèbre espace de prostitution à Ouagadougou, ne reconnaît être propriétaire que de 70 chambres sur les 202 et évalue son revenu journalier entre 60 000 et 100 000 FCFA.

À la barre, M. Ouédraogo a reconnu détenir des « chambres de passe » qu’il loue aux travailleuses du sexe d’origine nigériane. Il estime le prix de la « passe » à 2 000 FCFA, mais dans la pratique, certaines travailleuses du sexe louent des chambres par jour à 4 000 FCFA pour leur activité de prostitution. « Aucune d’elles ne dort là-bas », a-t-il confié.

Les accusations du parquet

Le procureur a réfuté la ligne de défense de l’accusé, qui affirmait ne percevoir que le loyer des chambres. Sur la traite des personnes, il a révélé que lors de la perquisition des lieux, les enquêteurs ont trouvé des travailleuses du sexe qui y étaient hébergées et qui faisaient même la cuisine. Il a reconnu que certaines habitent ailleurs et viennent juste pour leur activité, mais a souligné qu’il était « constant que ces filles y étaient hébergées pour pratiquer la prostitution ». Pour lui, il y a hébergement et exploitation de ces filles.

Sur le proxénétisme, le procureur a affirmé que M. Tasséré Ouédraogo tire profit de l’activité de prostitution des filles hébergées dans ses installations. « C’est lui qui a mis le dispositif en place » depuis plusieurs années, a-t-il martelé. Les filles doivent lui payer 4 000 FCFA chacune par soir, soit 36 000 FCFA par semaine, selon les propres déclarations de l’accusé lors du procès. « Les deux infractions sont caractérisées à son encontre », a conclu le procureur.

En répression, le parquet a demandé au tribunal de condamner M. Ouédraogo à une peine d’emprisonnement de 60 mois (5 ans) et une amende de 10 millions FCFA, le tout ferme. Il a également demandé la fermeture de l’espace « Allah ti kouma » et la confiscation des biens sous scellés.

La défense conteste les accusations

Les avocats de la défense ont estimé qu’il y a « un peu de passion dans la manière dont le parquet traite ce dossier ». Selon eux, la prostitution est « le plus vieux métier du monde » et, pour la combattre, il faut « attaquer le mal à la racine ». « Pour qu’il n’y ait plus de proxénétisme, il faut qu’il n’y ait plus de prostitution », ont-ils plaidé.

Les avocats ont insisté sur un aspect crucial : « Allah ti kouma » n’appartient pas à leur client. Ce qu’il reconnaît posséder, c’est « Galaxie », qui fait partie de l’espace, porté par une Société à responsabilité limitée (SARL) qui paie des impôts à l’État. Son activité est donc légale, selon eux. Tout ce que leur client a fait, c’est « percevoir un loyer que les clients des filles de joie paient ».

Sur la traite des personnes, les avocats ont estimé que le parquet n’a pas pu prouver la culpabilité de leur client : pas de preuve de recrutement, de transport, d’exploitation ni de subordination des prostituées. Pour les deux infractions, ils ont demandé au tribunal de relaxer M. Tasséré Ouédraogo ou, au plus, de lui accorder le bénéfice du doute.

La défense a également demandé au tribunal de tenir compte de la responsabilité des différentes autorités du pays dans sa décision : « elles voient mais elles ne disent rien, ne ferment pas. Et perçoivent même des taxes », ont-ils déclaré. « La gravité des faits évoquée par le procureur est exagérée », ont-ils martelé, évoquant également les soucis de santé de leur client.

Un verdict plus clément que les réquisitions

Le tribunal a finalement condamné Tasséré Ouédraogo à une peine d’emprisonnement de 5 ans, dont 3 ans ferme, et à une amende de 10 millions FCFA ferme, soit une peine légèrement inférieure aux réquisitions du parquet, qui demandait 5 ans ferme. D’autres personnes inculpées dans ce dossier ont également été reconnues coupables. Acte 2 à suivre !

Par Marie D. SOMDA, Sira info

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