Fibre optique en plein essor, 4G qui capte l’essentiel des usages, tarifs quasi identiques sur les petits forfaits mais écarts marqués sur les plus gros volumes : le rapport de l’ARCEP sur le premier trimestre 2026 fait la cartographie d’un marché internet burkinabè en pleine mutation, où Orange creuse l’écart avec ses concurrents.
Au Burkina Faso, le marché de l’internet de détail repose sur six acteurs : ONATEL SA, Orange Burkina Faso SA, Telecel Faso SA, GVA Burkina Faso (plus connu sous son nom commercial Canalbox), PAV Burkina et VTS SA.Selon l’ARCEP, ONATEL SA est détenue par Maroc Telecom et l’État burkinabè ; Orange Burkina Faso SA (du groupe Orange en France) est détenue par Orange Middle East & Africa et Orange Côte d’Ivoire Participation. Telecel Faso SA relève du Groupe Planor Africa, propriété de l’homme d’affaires burkinabè Apollinaire Compaoré. Quant à GVA Burkina Faso, connu sur le marché sous le nom CANALBOX, est portée par le Groupe Vivendi Africa, relevant du groupe Vivendi de Vincent Bolloré. PAV Burkina appartient à l’État burkinabè, tandis que VTS SA est présentée comme une société privée nationale.
Un marché fixe porté par la fibre
Sur le segment de l’internet fixe, le parc total a atteint 310 696 abonnements au 31 mars 2026, en hausse de 72,78 % sur un an. Cette progression est portée presque entièrement par la fibre (Fiber To The Home-FTTH), qui représente 98 % des accès fixes à haut débit.Dans la répartition du parc, Orange Burkina Faso SA arrive en tête avec 48,39 % des abonnements, devant GVA Burkina Faso (Canalbox) (29,56 %) et ONATEL SA (21,30 %). VTS SA reste marginal avec 0,75 % du marché.

La structure technologique du fixe confirme la domination de la fibre. Le parc FTTH (fibre) concentre l’essentiel des lignes, tandis que l’ADSL et la BLR reculent nettement. Cette évolution explique l’augmentation rapide du parc global, mais aussi la recomposition des positions entre opérateurs, avec un avantage net pour les acteurs les plus avancés dans le déploiement de la fibre. En termes de trafic, l’internet fixe a franchi 427,5 millions de gigaoctets (Go) au premier trimestre 2026, soit une hausse annuelle de 69,41 %. Le trafic moyen atteint 459 Go par abonnement et par mois. Orange Burkina Faso SA capte 45,88 % du trafic fixe, devant ONATEL SA (27,03 %), GVA Burkina Faso (26,31 %) et VTS SA (0,78 %). Autrement dit, la hiérarchie du trafic diffère légèrement de celle des abonnements, Orange se détachant davantage encore en volume consommé.
Des frais de raccordement et des abonnements variables
Les conditions d’accès à l’internet fixe diffèrent selon les opérateurs, tant pour les frais de raccordement que pour les redevances mensuelles.Chez ONATEL SA, le raccordement FTTH (fibre) est gratuit avec un engagement de deux ans ou facturé 40 000 FCFA avec un engagement d’un an. Les abonnements FTTH proposés vont de 15 000 FCFA par mois pour un débit de 50 Mb/s à 105 020 FCFA pour une offre de 400 Mb/s.GVA Burkina applique des frais de raccordement de 10 000 FCFA pour ses offres FTTH. L’opérateur commercialise notamment une offre de 50 Mb/s à 15 000 FCFA par mois et une offre de 200 Mb/s à 30 000 FCFA.Chez Orange Burkina Faso, les frais de raccordement s’élèvent à 10 000 FCFA pour le FTTH et à 100 000 FCFA pour les accès BLR.

Les abonnements fibre sont proposés entre 14 900 FCFA par mois pour 30 Mb/s et 99 000 FCFA pour 350 Mb/s.VTS facture, quant à lui, 82 600 FCFA de frais d’accès, aussi bien pour la fibre que pour la BLR. Ses offres FTTH démarrent à 17 700 FCFA par mois pour un débit de 75 Mb/s et atteignent 118 000 FCFA pour 400 Mb/s. Ces grilles tarifaires illustrent des stratégies commerciales différenciées, avec des niveaux de frais d’installation et des offres de débits variables selon les opérateurs et les technologies proposées.
Orange domine également l’internet mobile
Sur les réseaux mobiles, le parc internet total s’élève à 19,445 millions d’abonnements au 31 mars 2026, en baisse de 3,47 % sur un an. L’ARCEP attribue ce recul à une correction opérée par ONATEL SA sur ses données, notifiée à l’autorité en avril 2026. Cette correction a entraîné une baisse de près de deux millions d’abonnements pour ONATEL. Dans la répartition du parc total d’abonnements internet mobile, Orange Burkina Faso SA détient 60,12 % du marché, contre 30,83 % pour ONATEL SA et 9,05 % pour Telecel Faso SA. La lecture par technologie montre un marché mobile dominé par la 4G, qui concentre 68 % du parc actif. La 3G représente 13 % du parc et la 2G, 19 %. En nombre d’abonnements 4G, Orange Burkina Faso SA est en tête avec 61,25 % du marché, suivi d’ONATEL SA (29,81 %) et de Telecel Faso SA (8,95 %).

Le trafic mobile atteint 123,056 millions de Go consommés au premier trimestre 2026, en hausse de 30,84 % sur un an.Orange Burkina Faso SA supporte 62,01 % de ce volume, contre 28,36 % pour ONATEL SA et 9,63 % pour Telecel Faso SA. La 4G porte l’essentiel de cette consommation : 86 % du trafic data mobile passe par cette technologie, alors qu’elle représente environ les deux tiers du parc d’abonnements.
Des offres variées selon les opérateurs
Sur le plan tarifaire, les offres affichées varient selon les opérateurs et les technologies, mais certaines tendances se dégagent. Pour les forfaits prépayés classiques de 30 jours autour de 1 Go, les trois opérateurs proposent une offre identique à 1 050 FCFA.Pour les forfaits prépayés d’environ 5 Go, selon la comparaison publiée par l’ARCEP, l’offre d’ONATEL est la moins chère avec 2 100 FCFA, devant Orange Burkina Faso (2 121 FCFA). Chez Telecel Faso, l’offre disponible est de 5,5 Go à 4 200 FCFA.
Au-delà de ces offres, chacun des opérateurs commercialise une diversité de forfaits adaptés à différents volumes de consommation et durées de validité.Un revenu moyen de 473,71 FCFA par GoL’ARCEP calcule également un revenu moyen hors taxes par Go consommé sur les réseaux mobiles, en divisant le chiffre d’affaires hors TVA de la data mobile par le volume du trafic converti en gigaoctets. Il correspond au « montant moyen perçu par l’opérateur de ses abonnés par Go consommé », précise le régulateur.

La moyenne sectorielle s’établit à 473,71 FCFA HT par Go au premier trimestre 2026, en baisse de 15,05 % sur un an. Le niveau le plus bas est observé chez ONATEL SA avec 426,70 FCFA HT par Go, suivi de Telecel Faso SA (429,49 FCFA HT). Orange Burkina Faso SA affiche le revenu moyen le plus élevé avec 502,08 FCFA HT par Go. Selon l’ARCEP, l’écart entre les tarifs affichés et le revenu moyen effectivement perçu s’explique par l’importance des promotions et des gratuités intégrées aux offres commerciales.
Un marché des locations de capacités dominé par ONATEL
Le marché des locations de capacités, qui consiste pour les opérateurs à louer des liaisons ou des capacités de transmission à d’autres entreprises, administrations ou opérateurs de télécommunications, a fortement reculé au premier trimestre 2026. Le parc des liaisons louées est passé de 44 889 à 2 748, soit une baisse de 93,88 %, une évolution que l’ARCEP attribue à une correction des données d’ONATEL SA.Malgré cette baisse, ONATEL SA demeure largement leader de ce segment avec 84,50 % du marché, devant Orange Burkina Faso SA (14,92 %) et Telecel Faso SA (0,58 %).

Une capacité internationale en hausse
Sur la bande passante internet internationale achetée à l’extérieur, la capacité totale achetée atteint 861 Gb/s à fin mars 2026, en hausse de 22,98 % sur un an.GVA Burkina (Canalbox) concentre 58,07 % de cette capacité importée, devant Orange Burkina Faso SA (17,42 %), VTS SA (13,94 %), ONATEL SA (10,45 %) et PAV Burkina (0,12 %). Telecel Faso ne dispose d’aucune capacité internationale achetée sur la période.La capacité totale disponible atteint, quant à elle, 1 494 Gb/s, soit une hausse de 72,12 % par rapport au premier trimestre 2025.

Les noms de domaine .bf poursuivent leur progression
Enfin, le parc des noms de domaine .bf actifs s’élève à 6 886 au 31 mars 2026, contre 6 314 un an plus tôt, soit une progression de 9,06 %.Au total, le marché burkinabè de l’internet au premier trimestre 2026 se présente comme un marché à deux moteurs : un fixe dominé par la fibre et par Orange, et un mobile massivement porté par la 4G et par Orange, avec ONATEL en deuxième position et Telecel Faso en troisième. Les autres segments (locations de capacités, bande passante internationale et noms de domaine ) complètent un paysage où la concentration des usages, des revenus et des infrastructures reste forte, tout en évoluant sous l’effet des corrections de parc, des investissements dans la fibre et de la progression continue des usages de la data.
Par Lomoussa BAZOUN, Sira Info




