Burkina Faso: 50,5% des travailleurs ont un salaire mensuel inférieur à 45 000 FCFA dans leur activité principale

Au-delà de l’accès à l’emploi, la qualité des emplois occupés constitue un enjeu central du marché du travail burkinabè. L’Enquête nationale sur l’Emploi et le Secteur informel (ENES) de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) mesure cette qualité à travers sept indicateurs, du taux de pluriactivité à la couverture médicale.

Au plan national, 31,9 % des personnes en emploi exercent au moins deux emplois. Les hommes (39,5 %) sont plus enclins à cette pluriactivité que les femmes (24,3 %).

L’emploi vulnérable caractérise les emplois des travailleurs pour compte propre et « des travailleurs familiaux collaborant en entreprise familiale. » Au niveau national, 80,4 % des emplois sont vulnérables. Cette proportion atteint 87,8 % chez les femmes, contre 73 % chez les hommes.

Précarité contractuelle et durée du travail

Selon l’INSD, le taux d’emploi précaire est un indicateur clé de l’instabilité et de l’incertitude dans le marché du travail. Au Burkina, selon les données, plus de la moitié des emplois (55,5 %) sont exercés sans contrat formellement écrit, une précarité qui touche aussi bien les hommes (54,5 %) que les femmes (57,7 %). Par ailleurs, 59,8 % des travailleurs dépassent 48 heures de travail par semaine, une situation plus fréquente chez les hommes (69,0 %) que chez les femmes (50,5 %). Une durée de travail  hebdomadaire jugée « excessive »

Les emplois occasionnels ou saisonniers représentent 7,5 % de l’ensemble des travailleurs, cette part étant moins élevée en milieu rural que dans les centres urbains.

Absence de couverture médicale et salaires en deçà du SMIG

Au niveau national, 97,4 % des travailleurs ne bénéficient d’aucune couverture médicale dans l’exercice de leur emploi, une réalité constatée aussi bien chez les hommes (96,5 %) que chez les femmes (98,2 %).

En 2025, 50,5 % des travailleurs perçoivent une rémunération mensuelle inférieure au SMIG (45 000 FCFA) dans leur activité principale, cette proportion variant selon le sexe et le milieu de résidence.

Plus de 10% des salariés sont plus qualifiés que les emplois occupés

Selon l’INSD, l’adéquation entre formation et emploi est mesurée en mettant en relation le niveau d’instruction et la catégorie socio-professionnelle des salariés.  Le taux d’inadéquation représente donc la proportion des individus dont le niveau d’instruction dépasse celui demandé pour la catégorie socio-professionnelle de l’emploi demandé.

Les données indiquent que ce taux d’inadéquation sur le marché du travail touche 10,5 % des salariés au niveau national.

Les hommes sont globalement deux fois plus exposés à l’inadéquation que les femmes (14,4 % contre 6,9 %). Ces écarts traduisent des trajectoires professionnelles différenciées et une segmentation persistante du marché du travail. À niveau d’éducation égal (entre hommes et femmes), toutefois, les femmes sont plus touchées par l’inadéquation, en particulier parmi les femmes diplômées du supérieur et du secondaire technique. « Cette situation peut refléter des contraintes spécifiques d’accès aux emplois qualifiés. », selon l’enquête.

Selon le niveau d’éducation, l’inadéquation est particulièrement élevée chez les salariés issus du secondaire technique de premier cycle, où 79 % occupent un emploi ne correspondant pas à leur niveau de formation.

Le secondaire technique de second cycle présente en revanche une meilleure adéquation.

Le niveau supérieur n’échappe pas au phénomène, avec 57,8 % des diplômés concernés qui occuperaient donc, selon la définition de l’inadéquation formation-emploi, des emplois inférieurs à leur niveau. « Ce qui révèle une déconnexion entre l’offre de formation et les besoins du marché du travail. », souligne l’enquête.

L’inadéquation varie également selon le secteur d’activité : elle demeure faible dans l’agriculture, secteur peu exigeant en qualifications formelles, mais devient plus marquée dans la construction, l’industrie et les services.

« L’ensemble de ces constats soulignent la nécessité de renforcer l’alignement entre le système éducatif et les besoins du marché du travail, notamment à travers une meilleure orientation des apprenants, l’adaptation des curricula et des actions ciblées en faveur de l’insertion professionnelle des diplômés. », conclut l’enquête.

Le taux de pluriactivité est plus élevé au second semestre (31,9 %) qu’au premier semestre de la même année (27,1 %). Dans le même sens, la proportion d’emplois rémunérés en deçà du SMIG passe de 35,3 % au premier semestre à 58,4 % au second semestre 2025, selon l’enquête. La proportion d’emplois à durée excessive (plus de 48 heures par semaine) suit une évolution comparable, passant de 43,4 % à 59,8 % sur la même période.

Par Lomoussa BAZOUN, Sira Info

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