Proxénétisme à Ouagadougou : Un autre propriétaire dont les chambres pouvaient lui rapporter 350 000 FCFA par jour condamné

Propriétaire d’un espace de prostitution dans le quartier de Tabtenga à Ouagadougou, il a été condamné à cinq ans de prison dont trois ans ferme et à une amende de 10 millions de FCFA ferme. Son gérant écope de six mois ferme et d’un million d’amende ferme. Il fait partie des 21 personnes poursuivies pour proxénétisme et traite des personnes.

Il n’est pas aussi célèbre que celui qui a été présenté comme le propriétaire de « Allah ti kouma », mais son espace était tout aussi un haut lieu de la prostitution. À la barre du Tribunal de grande instance Ouaga 1, le 26 janvier dernier, un homme dont l’apparence n’éveillait aucun soupçon de pratiques condamnables faisait face aux juges. Il reconnaît être propriétaire d’un haut lieu de prostitution dans l’un des faubourgs de Ouagadougou.

Aux questions des juges qui composaient le tribunal, l’accusé a reconnu être propriétaire de 100 chambres qu’il louait aux travailleuses du sexe dans la zone de Tabtenga. Selon le gérant, également présent au procès comme prévenu, l’établissement est ouvert en journée pour la vente de boissons. Mais dans la soirée, une autre activité, tout aussi lucrative, prend le relais : le commerce du sexe.

Le modèle économique de ce lieu est bien rodé. Pour les 100 chambres, chacune des clés est remise aux clientes. Selon les explications fournies à la barre, une travailleuse du sexe qui souhaite utiliser une chambre pour son activité prend une clé auprès du gérant. Elle peut ainsi y entrer avec autant de clients chaque jour ; qu’elle vienne travailler ou pas, tant qu’elle n’a pas remis la clé, elle devra s’acquitter du loyer journalier. Ainsi, chaque soir, à la descente, chacune des occupantes des 100 chambres doit remettre 3 500 FCFA au gérant et le compte est bon. « Je récupère le loyer des chambres auprès des filles », avoue ce dernier à la barre.

C’est la même version que son patron, arrivé à la barre après lui, a servie au tribunal. Selon ses déclarations, son chiffre d’affaires journalier varie entre 225 000 et 250 000 FCFA, soit environ 6,75 à 7,5 millions de FCFA par mois. Mais sur la base de 3 500 FCFA par chambre, les jours où elles sont toutes occupées, le chiffre d’affaires journalier atteint exactement 350 000 FCFA, soit 10,5 millions par mois. Une activité manifestement très lucrative.

« Accepteriez-vous que votre fille vienne prendre une chambre là-bas ? », l’interroge le président. « Impossible », répond-il

Face au tribunal, le patron des lieux, M. GD, doit répondre à des questions embarrassantes. « Accepteriez-vous que votre fille vienne prendre une chambre là-bas ? », l’interroge le président. « Impossible », répond-il, avant d’ajouter, embarrassé : « Comme nous sommes des Burkinabè… » Le président le reprend aussitôt : « Mais les Burkinabè font ça ailleurs aussi. »

Autre question : « Savez-vous que certaines filles y sont contre leur gré ? » « Non », répond l’accusé. Le président précise alors que d’autres sont même mineures.

Le 30 janvier s’ouvrent les réquisitions du parquet et les plaidoiries des avocats constitués dans ce dossier. Concernant Monsieur GD, le parquet se montre ferme. Au début de son activité, selon le procureur, il n’avait que deux filles. Il a dû procéder à un recrutement afin d’avoir davantage de clientèle. Le ministère public souligne également que l’accusé a tiré profit de l’activité de prostitution. Pour les deux infractions qui lui sont reprochées, à savoir le proxénétisme et la traite des personnes, le parquet estime qu’elles sont caractérisées. En conséquence, il demande au tribunal de le condamner à 60 mois (5 ans) de prison et une amende de 10 millions de FCFA, le tout ferme, d’ordonner la fermeture de ses chambres et la confiscation des biens sous scellé.

Le 4 février, le tribunal a rendu son verdict. M. GD est condamné à une peine d’emprisonnement de cinq ans dont trois ans ferme et à une amende ferme de 10 millions de FCFA. C’est exactement la même peine et amende que celui présenté comme le propriétaire de « Allah ti kouma ». Quant au gérant des lieux, il écope d’une peine d’emprisonnement de six mois ferme et d’une amende ferme d’un million de FCFA.

Par Marie SOMDA, Sira Info.

Partager:

Plus d'articles

Journal numérique d’information générale et d’investigation, indépendant et attaché aux faits d’intérêt public.

Copyright © 2023  SIRAINFO – Tous droits réservés

error: Content is protected !!