SONABHY acte 3 :  Des ateliers délocalisés à l’international avec des formateurs burkinabè

 La nationale des hydrocarbures s’illustre mal dans la gestion des biens publics au regard de certains faits mentionnés dans le rapport d’audit de gestion d’août 2023. En plus des avantages mirobolants accordés au personnel ( https://sirainfo.com/2023/09/19/sonabhy-voici-les-avantages-mirobolants-du-personnel/ ), la SONABHY organise aussi des missions sans réclamer de pièces justificatives, ce qui fait douter de la réalité de certaines missions, selon le rapport d’audit. Des formations au profit du personnel de la SONABHY sont même délocalisées hors du Burkina. Elles sont pourtant animées par des entreprises de droit burkinabè. Et ce n’est pas tout !

La société traverserait des difficultés financières. Et certains actes qui s’apparentent aux gaspillages des ressources publiques ne sont pas de nature à aider les finances. Tenez ! Les auditeurs ont découvert des missions de formations à l’extérieur qui n’avaient pas leur raison d’être et qui ont engendré des dépenses de plusieurs millions de FCFA. En réalité, la SONABHY a initié des formations au profit de certains agents. Et les entreprises ayant eu les marchés sont de droit burkinabè, selon le rapport. En terme simple, la SONABHY a jugé bon d’utiliser l’argent public pour réaliser ces formations ou ateliers hors des frontières du pays. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport : « Des formations ont été administrées à l’international par des entreprises de droit burkinabè ». Ces formations, soulignent les auditeurs, pouvaient se tenir au Burkina et “non à l’étranger. Cela aurait permis des économies de ressources”. Et les auditeurs font les comptes : « les charges de ces formations (honoraires et frais de billets d’avion) relatives à la période sous revue s’élèvent à 138 988 378 FCFA. A cela s’ajoute aussi les perdiems payés aux participants ». Les coûts des formations, selon un tableau établi, est de 108 832 578 FCFA. Les billets d’avion ont coûté 30 155 800 FCFA. Le tableau ne fait pas cas des perdiems des participants. Ce qui veut dire que les charges totales dépassent de loin les 138,9 millions FCFA.

Le tableau fait ressortir aussi les thèmes de ces formations qui ont valu la sortie des frontières du Burkina. Quelques exemples : « Les défis du métier de secrétaire, culture de résultat et de performance, excellence professionnelle continue et amélioration des pratiques professionnelles ». Ce thème a valu un coût de formation de 11 328 000 FCFA et 2 779 000 FCFA comme frais de billets d’avion. Elle a eu lieu à Lomé en juin 2021. Une autre formation dont le coût est de 24 381 927 FCFA et 13 848 100 FCFA de billets d’avion (sans les perdiems des participants) a eu lieu à Casablanca au Maroc. Le thème : « outils d’aide à la décision du Conseil d’administration (CA) : tableau de bord et indicateurs de performance ».

Un dernier exemple de thème de formation : « administrateurs de société : maitriser la pratique opérationnelle du mandat ». Pour mieux comprendre cette thématique, le personnel de la SONABHY a encore pris l’avion en octobre 2022 pour Casablanca au Maroc. Coût de la formation : 34 831 317 FCFA. Sans le coût des billets d’avion et les perdiems des participants. En tout, il y a 13 formations à Dakar, Abidjan, Lomé, Casablanca (8 formations dans cette ville).  Et ce n’est pas fini !

362 missions sans pièces justificatives

Les auditeurs découvrent d’autres dossiers pas très propres dans la maison. La violation d’une note de service datée de 2017 portant justification exécution des missions. Selon cette note, en effet, la justification des missions doit se faire « au moyen des visas et des cachets des autorités compétentes sur les ordres de mission ou sur les documents de voyage (passeports) faisant ressortir clairement les dates de départ et de retour ». Les copies de ces documents doivent être déposées au service des ressources humaines dans les 14 jours après le voyage. Si cela n’est pas fait, les frais de voyage, titres de voyage et autres doivent être restitués. La mission d’audit a fait l’amer constat. Le personnel de la SONABHY a effectué 408 missions à l’intérieur et à l’extérieur du Burkina en 2020. Mais sur ce nombre de missions, 112 n’ont pas de pièces justificatives au moment de l’audit, dont le rapport final est disponible en août 2023.

L’année 2021 également a connu 375 missions dont 104 sans pièces justificatives et enfin 432 missions en 2022 dont 146 n’ont pas été justifiées.  « Il est difficile sans pièces justificatives de juger de l’effectivité des missions réalisées », fait remarquer le rapport. Le total de ces missions sans pièces justificatives donne 362 sur 1 215 missions.

1 144 204 343 FCFA pour les frais de mission 2020-2022

Le rapport donne les charges liées aux frais de mission de 2020 à 2022. Il y a principalement six catégories. Il y a par exemple la rubrique « voyages et déplacements missions ». Elle a « avalé » en 2020, 29 794 566 FCFA. En 2021, le montant a un peu grimpé : 37 984 811 FCFA. Mais en 2022, les charges de cette catégorie sont plus du double de celles de 2020 : 62 459 482 FCFA. Autre point : « frais de mission de formation à l’étranger ». En 2020, la SONABHY n’a dépensé que 4 480 000 FCFA pour cette rubrique. Mais les années qui ont suivies, les charges sont montées en flèche : 108 775 000 FCFA en 2021 et 180 914 662 FCFA en 2022. 

Au total, en 2020, les charges des frais de missions s’élèvent à 214 901 694 FCFA. En 2021, le rapport note une augmentation des charges de 191 697 966 FCFA (89,20%) portant le montant total à 406 599 660 FCFA. Et la flèche ne baisse pas. Les frais de mission en 2022 sont estimés à 522 702 989 FCFA. Les auditeurs, après analyses, indiquent qu’entre 2020 et 2022, les frais de missions ont augmenté de 307 801 295 FCFA « avec un taux de croissance de 143,23% ». La situation totale des frais de mission 2020-2022 est de 1 144 204 343 FCFA. Selon les auditeurs, il y a problème ! « Ces charges doivent être maitrisées vu leur croissance sur la période sous revue », préviennent-ils. 

Ce n’est pas le seul problème lié à ces missions. Toute mission doit être « sanctionnée » d’un rapport ou compte rendu. Mais ce n’est visiblement pas le cas à la SONABHY. « Dans la majorité des cas, les rapports ou comptes rendus de mission ne sont pas produits. Les comptes rendus permettent d’apprécier la participation du salarié et les acquis de la mission ». Cela interroge même l’efficacité de ces nombreuses missions coûteuses pour la société. Pour tous ces cas, voici la réponse de la société : « La SONABHY a invité les intéressés à compléter les pièces manquantes dans un délai de 10 jours ». Certaines missions datent de 2020 pourtant.

Des voyages en classe affaires « non opportuns »

Le rapport dresse un tableau des achats de billets d’avion par direction. Ainsi, pour la période 2020-2022, 78 321 800 FCFA sont enregistrés comme frais de billets d’avion de la direction générale dont le plus gros montant relève de 2022 (39 839 300 FCFA). Les charges totales des billets d’avion pour la période concernée sont de 168 078 000 FCFA.

Un autre fait a attiré l’attention des auditeurs. La SONABHY a passé des marchés d’achat de billets d’avion avec une structure privée. Onze (11) marchés au total. Les voyages ont eu lieu entre juin et novembre 2022. Les missionnaires sont, entre autres, des directeurs d’audit interne, d’approvisionnement et de stock, des ressources humaines, des finances et de la comptabilité, etc. Le tableau de ces voyages en classe affaires ou business class dressé dans le rapport indique que la facture payée à l’entreprise attributaire des marchés est de 18 953 500 FCFA. Le tableau précise aussi que le montant total des business class est de 13 594 100 FCFA. « Des achats de billets d’avion en classe affaires ont été effectués durant la période sous revue. En l’absence de règlementation en la matière et tenant compte de la situation financière difficile de la société, nous estimons que les dépenses en classe affaires (business class) n’étaient pas opportunes ». Les auditeurs invitent le Conseil d’administration à définir les différents types de classe pour les postes de travail. « Toutefois, pour une maitrise des charges de la société, il faut que les achats de billets en classe affaires soient limités au Directeur général et aux administrateurs », conclut le rapport. La SONABHY affirme qu’actuellement, seul le DG, les directeurs centraux et les administrateurs voyagent dans cette catégorie. « Par ailleurs, ces choix tiennent compte de l’image de la société, surtout avec les partenaires extérieurs », dit-elle. 

Lomoussa BAZOUN

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