Interview d’un chef terroriste : Les responsables de France 24 auditionnés par l’Assemblée nationale française

Auditionnés le 26 mars 2026 par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, les dirigeants de France Médias Monde ont dû se justifier sur la publication d’un décryptage fondé sur des réponses écrites d’un chef terroriste, affilié à Al-Qaïda.

C’est un face-à-face un peu tendu qui s’est tenu jeudi 26 mars 2026 à l’Assemblée nationale française. Marie-Christine Saragosse, présidente-directrice générale de France Médias Monde (FMM), accompagnée de Roland Husson, directeur général, de Jean-Marc Four, directeur de RFI, et de Vanessa Burggraf, directrice de France 24, ont comparu devant la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public.

Au menu des débats : la publication d’un décryptage signé Wassim Nasr, spécialiste des groupes armés à France 24, fondé sur des réponses écrites d’Amadou Koufa, chef d’un groupe terroriste lié à Al-Qaïda et acteur des violences au Sahel.Dans cette séquences, les principales questions sont posées par le rapporteur de la commission d’enquête Charles Alloncle.

Est-ce que vous trouvez normal que des journalistes du services public, payés à hauteur de près 300 millions d’euros chaque année, donnent la parole au responsable d’un groupe djihadiste qui attaque chaque jour nos intérêts stratégiques, les intérêts stratégiques aussi de la population dans ce pays africain. Est-ce que c’est notre rôle de financer cela ?, interroge-t-il d’emblée.

Il a aussi a contesté la nature même du travail journalistique réalisé, s’appuyant sur le chapeau introductif de l’article en ligne : « après deux ans de tractations, Amadou Koufa répond aux questions de Wassim Nasser ». Pour l’élu, il s’agissait bien d’une interview accordant une tribune à un chef terroriste « particulièrement meurtrier ».

« Est-ce que vous trouvez normal que l’argent du contribuable français contribue à deux ans d’efforts pour aller recueillir les impressions d’un chef djihadiste sanguinaire ? », Charles Alloncle

Le rapporteur ajoute : « Vous ne pensez pas que donner une tribune au chef d’un groupe djihadiste qui combat les intérêts français, pourrait lui donner une légitimité ? Que cela pourrait contrevenir aux intérêts vitaux et stratégiques français, affaiblir la position de la France dans ces pays ? »

Vanessa Burggraf, Directrice de France 24, a fermement contesté cette qualification. Selon elle, il ne s’agit pas d’une interview.  Le journaliste, dit-elle, a adressé une vingtaine de questions par écrit, en a obtenu réponse à quatorze, mais n’a pas retranscrit les propos mot à mot : il a produit une chronique contextualisée de trois à quatre minutes, remettant en perspective les déclarations du chef terroriste. « On ne lui a pas donné la parole sur les antennes de France 24 », a-t-elle insisté.

La directrice a néanmoins concédé une erreur : le chapeau de l’article utilisait le mot « interview », une formulation qu’elle a reconnu inappropriée et qui a depuis été rectifiée. Elle a aussi admis que le titre de l’article: « Russie au Sahel, exactions du JNIM, projets d’expansion : les réponses du chef djihadiste Amadou Koufa » était une erreur.

La présidente-directrice générale Marie-Christine Saragosse a aussi défendu ses équipes : « Donner la parole à quelqu’un sur nos antennes, ce n’est pas donné raison à la personne. »

« Je me demande souvent : si demain nous donnons la parole à Vladimir Poutine sur France 24 ou RFI, devrions-nous la refuser parce que son attitude en Ukraine n’est pas celle soutenue par la France ? », Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde

Vanessa Burggraf a ajouté que pour « bien comprendre les conflits, il faut entendre toutes les parties ».

Le rapporteur a également évoqué un épisode antérieur. Le 3 janvier 2021, une frappe de l’armée française au nord du Mali avait visé des groupes djihadistes. Une ONG avait accusé les soldats français d’avoir bombardé un mariage. Wassim Nasser s’était rendu sur place et avait, dans son reportage du 2 février, confronté la version officielle de l’armée française à celle des groupes armés-une version présentée, selon le rapporteur, comme mettant « à mal » la communication militaire française.

Charles Alloncle a dénoncé ce qu’il perçoit comme une mise sur un « pied d’égalité » entre la parole d’une armée régulière défendant les intérêts français et celle d’un groupe terroriste. Sur ce point précis, Marie-Christine Saragosse a indiqué préférer répondre par écrit, afin de ne pas divulguer d’informations confidentielles issues de ses contacts avec l’état-major français en Afrique.

Derrière les questions éditoriales, c’est la légitimité du financement public de France Médias Monde qui était en jeu. Le rapporteur a chiffré la dotation annuelle à près 300 millions d’euros et demandé si les Français souhaitaient « continuer à payer pour ça ». Les dirigeants de FMM ont maintenu que l’indépendance éditoriale et la rigueur contextuelle de leurs journalistes étaient la condition même de leur crédibilité à l’international, notamment dans des zones où les médias d’État concurrents n’appliquent pas les mêmes standards.

Par Marie D. SOMDA, Sira info

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