Système judiciaire/Burkina: les indicateurs clés de 2020 à 2024

Le dernier Tableau de bord de la gouvernance de l’INSD, finalisé en avril 2026, dresse un état des lieux contrasté de l’appareil judiciaire burkinabè entre 2020 et 2024. Accessibilité, ressources humaines, population carcérale : voici les indicateurs clés à retenir.

Entre 2020 et 2021, le nombre de tribunaux de grande instance (TGI) est passé de 25 à 27, grâce à l’ouverture des TGI de Pô et de Ouaga II, selon l’INSD. Cette création a immédiatement rapproché la justice des citoyens : la distance moyenne à parcourir pour atteindre un TGI est tombée de 59,1 km en 2020 à 56,9 km en 2021. Depuis, la situation est restée stable, aucun nouveau tribunal n’ayant ouvert entre 2021 et 2024, et le rayon moyen d’accès demeurant figé à 56,9 km, souligne le document.

Du côté des effectifs, de nombreux défis restent à surmonter. Le nombre de magistrats pour 100 000 habitants a diminué chaque année, passant de 3,4 magistrats pour 100 000 habitants en 2020 à 2,9 en 2024, un niveau en dessous de la norme des Nations unies, estimée à environ 10 magistrats pour 100 000 habitants.

Un avocat pour 100 000 habitants

Le nombre d’avocats est resté quasiment stable sur la période, autour d’un avocat pour 100 000 habitants, tout comme celui des huissiers et des notaires, à moins d’un praticien pour 100 000 habitants.

En revanche, le ratio greffier par magistrat s’est nettement amélioré, passant de 1 en 2020 à 1,6 en 2024, même si ce niveau reste bien en dessous de la norme internationale de trois greffiers pour un magistrat.

Sur les deux dernières années, le nombre moyen de détenus par agent de la Garde de Sécurité Pénitentiaire a baissé, passant de 4,5 en 2023 à 3,9 en 2024.

L’activité judiciaire s’est par ailleurs intensifiée. En 2024, les parquets près les TGI ont enregistré 13 293 affaires nouvelles, dont 6,1 % liées à des crimes et délits contre la chose publique et 0,5 % à des infractions sur les armes et munitions, soit une hausse de 13,8 % par rapport à 2023 (11 680 affaires) et un rythme annuel moyen de 9,3 % sur la période. À l’inverse, le nombre d’affaires en cours d’instruction a reculé de 6,9 % par rapport à 2023, passant de 4 780 à 4 451 affaires en 2024.

La situation carcérale reste préoccupante. Le ratio de personnes détenues pour 100 000 habitants est de 37,6 en 2024, contre 39,2 en 2023, en légère baisse après une hausse continue entre 2020 et 2022. Mais les établissements pénitentiaires demeurent en surpopulation sous la période : le taux d’occupation carcéral a atteint 178,7 % en 2024, contre 168,7 % en 2023, en hausse continue depuis 2020 (141,6 %). Les détenus en attente de jugement représentaient encore 29 % de la population carcérale en 2024, soit près d’un tiers des personnes incarcérées. Cet indicateur enregistre une baisse par rapport à 2020 (36,1%), 2021 (32%) et 2022 (29,9%).

Le rapport souligne ainsi un double paradoxe : un accès géographique et un appui administratif (greffiers) en amélioration, mais un encadrement judiciaire par les magistrats toujours insuffisant, et des prisons de plus en plus surpeuplées sur la période concernée.

Face à cette situation, le rapport recommande une action plus rapide des tribunaux pour statuer sur les cas des détenus en attente de jugement, qui représentent un tiers des personnes incarcérées, ainsi qu’une amélioration des conditions de détention, un recours accru aux peines alternatives à l’incarcération, et la poursuite de l’opération « casiers vides ».

Par Lomoussa BAZOUN, Sira info        

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