Burkina Faso : ce que dix ans de chiffres révèlent sur les importations de riz

En dix ans, le Burkina Faso a dépensé officiellement 672,7 milliards de FCFA pour importer du riz. Le 29 avril 2026, il suspendait tout. Retour en chiffres sur une décennie de dépendance structurelle.

C’est une décision sans précédent. Le 29 avril 2026, un communiqué interministériel signé conjointement par les ministères en charge du Commerce, de l’Agriculture et de l’Économie a acté la suspension totale des importations de riz sur l’ensemble du territoire national, et ce jusqu’à nouvel ordre. Les Autorisations Spéciales d’Importation (ASI) ne seront plus délivrées. Les importateurs détenant des ASI en cours de validité disposent d’un délai de deux mois pour accomplir leurs formalités. Tout contrevenant s’expose aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur.

La mesure est officiellement justifiée par la volonté de « favoriser l’écoulement de la production nationale de riz ». Mais derrière cette formulation administrative, dix ans de données racontent une autre histoire : celle d’un pays structurellement dépendant du riz étranger, dont la filière locale peinait encore à prendre le relais.

Dix ans de dépendance en chiffres

Le Burkina Faso figure parmi les plus grands importateurs de riz d’Afrique de l’Ouest. Sur la décennie 2015-2024, les volumes et les valeurs financières des importations dessinent une courbe majoritairement ascendante, ponctuée de quelques replis. (Voir graphiques)

Entre 2015 et 2019, les importations oscillent entre 369 236,9 tonnes et 615 460,9 tonnes. Elles progressent régulièrement de 2015 à 2018, passant de 369 236,9 à 479 427,7, puis 508 361,9, et enfin 615 460,9 tonnes, avant de reculer légèrement à 511 180,0 tonnes en 2019. Le cumul sur ces cinq années atteint 2 483 667,4 tonnes.

La période 2020-2024 s’ouvre sur un recul brutal : 266 139,5 tonnes seulement en 2021, contre 406 925,8 tonnes l’année précédente. Mais ce creux est de courte durée. Dès 2022, les importations bondissent à 714 063,8 tonnes, puis grimpent encore à 777 233,3 tonnes en 2023 et à 864 558 tonnes en 2024. En cinq ans, le pays a importé 3 028 920,4 tonnes au total, soit une moyenne annuelle de 605 784 tonnes, selon les données de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD).

La facture financière suit la même trajectoire. Entre 2015 et 2019, les dépenses d’importation progressent de 50,9 milliards de FCFA à 81,1 milliards de FCFA en 2018, avant de retomber à 69,3 milliards de FCFA en 2019, pour un cumul de 329 milliards de FCFA sur la période. Entre 2020 et 2024, malgré le creux de 2021 à 39,6 milliards de FCFA, la valeur rebondit à 89,7 milliards de FCFA en 2022, puis oscille entre 73 et 83,1 milliards de FCFA les deux années suivantes, pour un cumul de 343,7 milliards de FCFA.

Au total, en dix ans, le Burkina Faso a injecté selon les données officielles de l’INSD, 672,7 milliards de FCFA dans le riz importé, pour 5,5 millions de tonnes.

Par Marie D. SOMDA, Sira info

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