Le développement des ordinateurs quantiques fait peser un risque sérieux sur la sécurité des données bancaires, des secrets d’État et des communications protégées en Afrique. C’est l’alerte lancée samedi par le Laboratoire de mathématiques et d’informatique (LAMI) de l’Université Joseph Ki-Zerbo, lors d’une conférence scientifique tenue à Ouagadougou, a constaté l’Agence d’Information du Burkina (AIB).
« Aujourd’hui, nous parlons des menaces quantiques, notamment de leurs conséquences sur les systèmes de sécurité qui protègent les transactions bancaires, le mobile money, les sites web et les systèmes d’information », a déclaré le directeur du LAMI, le professeur titulaire de mathématiques Stanislas Ouaro, cité par l’AIB.Selon le Pr Ouaro, les technologies de cryptographie actuellement utilisées pour sécuriser les données pourraient être remises en cause par l’émergence des ordinateurs quantiques et de la cryptographie quantique, des outils développés par des informaticiens et mathématiciens, capables de contourner les mécanismes classiques de chiffrement.Le chercheur a indiqué que plusieurs pays développés anticipent déjà cette transition technologique en adoptant des feuilles de route et de nouvelles normes de sécurité intégrant les technologies post-quantiques. Il a toutefois déploré le retard du continent africain dans ce domaine. « Aucun pays africain ne dispose encore d’une véritable feuille de route sur l’arrivée des technologies post-quantiques, alors que de nombreux États ont déjà engagé leur transition », a-t-il regretté, d’après les propos rapportés par l’AIB.Cette conférence, organisée en collaboration avec le Club des étudiants en mathématiques de l’Université Joseph Ki-Zerbo, visait ainsi à attirer l’attention des décideurs africains sur l’urgence d’anticiper ces mutations technologiques, mais aussi à démontrer aux étudiants les applications concrètes des mathématiques. « La cryptographie, qu’elle soit classique, quantique ou post-quantique, repose essentiellement sur les mathématiques. Elle mobilise notamment la géométrie algébrique, la théorie des nombres et l’analyse fonctionnelle », a souligné le Pr Ouaro, soulignant l’importance stratégique de cette discipline.Dans cette optique de renforcement des capacités nationales, le LAMI a ouvert il y a deux ans un master spécialisé en cryptographie. Sept étudiants ont déjà été formés et poursuivent actuellement leurs recherches en doctorat, avec pour ambition de constituer progressivement une équipe nationale de recherche capable de contribuer au développement de la cryptographie quantique et post-quantique au Burkina Faso.Animée par le docteur Sogo Pierre Sanon et modérée par le Pr Stanislas Ouaro, cette conférence s’inscrit dans le programme annuel d’activités du LAMI. Une troisième conférence est d’ores et déjà prévue le 4 juillet 2026. Elle portera sur les liens entre la cryptographie post-quantique et l’intelligence artificielle, ainsi que sur les mécanismes de protection des systèmes d’IA.
Par Marie D. SOMDA, Sira Info




