Le marché burkinabè des médicaments connaît une évolution stratégique. Longtemps premier fournisseur du pays, la France est en train de perdre son leadership au profit de l’Inde, désormais principal partenaire pharmaceutique du Burkina Faso. Cette bascule intervient dans un contexte où les importations de médicaments représentent près de 593 milliards de FCFA sur les cinq dernières années, provenant principalement de 12 pays.
Les données du ministère chargé du Commerce montrent que le Burkina Faso a importé pour 592,83 milliards de FCFA de médicaments entre 2020 et 2024, en provenance de 12 pays.
Après 114,75 milliards de FCFA en 2020, les achats extérieurs ont légèrement diminué à 110,61 milliards en 2021 avant d’atteindre un niveau record de 130,17 milliards de FCFA en 2022. Les importations ont ensuite chuté à 110,05 milliards en 2023 avant de rebondir à 127,23 milliards de FCFA en 2024, soit une hausse de plus de 17,17 milliards de FCFA en un an.
L’Inde détrône la France
L’année 2024 marque un changement majeur dans la géographie des importations pharmaceutiques.
Avec 48,57 milliards de FCFA de médicaments exportés vers le Burkina Faso, l’Inde représente 38,2 % de la valeur totale des importations, selon les données officielles. Elle devance désormais la France, qui fournit 34,57 milliards de FCFA, soit 27,2 % du marché.

La Chine conserve la troisième position avec 10,37 milliards de FCFA (8,2 %), tandis que le Ghana confirme sa montée en puissance avec 5,70 milliards de FCFA, représentant 4,5 % des importations.
Le Maroc complète le Top 5 avec 3,30 milliards de FCFA (2,6 %).
Derrière ce groupe de tête figurent l’Allemagne, qui exporte 2,96 milliards de FCFA de médicaments vers le Burkina Faso (2,3 %), suivie de l’Espagne avec 2,22 milliards (1,7 %), du Mali avec 2,06 milliards (1,6 %), de l’Égypte avec 1,74 milliard (1,4 %), de l’Italie avec 1,51 milliard (1,2 %), de la Belgique avec 1,22 milliard (1,0 %) et de la Türkiye avec 1,20 milliard de FCFA, soit 0,9 % des importations.
À eux seuls, l’Inde et la France concentrent plus de 65 % des achats de médicaments du Burkina Faso en 2024, parmi 12 pays fournisseurs, illustrant une forte dépendance envers ces deux partenaires.
Sur cinq ans, la France conserve une courte avance
Si l’Inde domine désormais les importations sur une année, le classement change lorsque l’on additionne les données de 2020 à 2024.
Sur l’ensemble de la période, la France demeure le premier fournisseur avec un cumul de 215,61 milliards de FCFA de médicaments exportés vers le Burkina Faso. Elle est toutefois talonnée par l’Inde, dont les ventes cumulées atteignent 203,28 milliards de FCFA. L’écart entre les deux pays n’est plus que d’environ 12,33 milliards de FCFA.
La Chine arrive loin derrière avec 54,89 milliards de FCFA d’exportations cumulées vers le Burkina Faso.
Viennent ensuite le Ghana, qui totalise 17,57 milliards de FCFA, l’Allemagne avec 10,23 milliards, le Maroc avec 9,15 milliards, le Mali avec 8,35 milliards, l’Italie avec 5,46 milliards, l’Espagne avec 5,34 milliards, la Belgique avec 4,71 milliards, la Türkiye avec 4,71 milliards et l’Égypte avec 3,90 milliards de FCFA.

Si plusieurs pays européens demeurent des partenaires importants, les fournisseurs asiatiques occupent une place de plus en plus importante dans l’approvisionnement pharmaceutique du Burkina Faso.
Une montée en puissance de l’Inde
L’analyse des séries statistiques révèle que l’Inde est le pays dont la progression est la plus remarquable.
Ses exportations de médicaments vers le Burkina Faso sont passées de 34,08 milliards de FCFA en 2020 à 48,57 milliards en 2024, malgré un ralentissement observé en 2023. À l’inverse, la France, qui avait atteint un sommet de 51,84 milliards de FCFA en 2022, a vu ses ventes diminuer régulièrement jusqu’à 34,57 milliards en 2024.
Le Ghana enregistre également une progression notable. Ses exportations, limitées à 2,30 milliards de FCFA en 2020, atteignent 5,70 milliards en 2024, soit plus du double en cinq ans.
Le Maroc, l’Allemagne, l’Espagne, le Mali et l’Égypte affichent également une tendance globalement haussière, tandis que l’Italie, la Belgique et la Türkiye conservent des parts de marché plus modestes.
Les données montrent enfin que le marché burkinabè des médicaments demeure fortement concentré. Les quatre premiers fournisseurs (l’Inde, la France, la Chine et le Ghana) représentent à eux seuls près de 78 % de la valeur des importations en 2024.
Des importations marginales en plus des 12 fournisseurs principaux
Au-delà des principaux fournisseurs de médicaments du Burkina Faso, plusieurs autres pays apparaissent dans les statistiques du commerce extérieur, avec des volumes plus faibles mais parfois en forte hausse.
Entre 2020 et 2024, les importations de médicaments en provenance du Togo, du Sénégal, de la Guinée, de la Corée du Nord, de l’Iran, de l’Arabie saoudite et de la Sierra Leone ont atteint 4,71 milliards de FCFA, portant la valeur totale des importations de médicaments sur la période à 597,54 milliards de FCFA.

Après un recul entre 2020 (625,4 millions de FCFA) et 2022 (493,5 millions), ces importations progressent fortement pour atteindre 721,2 millions de FCFA en 2023 puis 2,33 milliards de FCFA en 2024.
Cette hausse est principalement tirée par le Togo, premier fournisseur de ce groupe avec 3,26 milliards de FCFA sur cinq ans. Ses exportations vers le Burkina Faso passent de 568,9 millions de FCFA en 2020 à 1,03 milliard en 2024.
La Corée du Nord constitue la principale surprise avec 1,08 milliard de FCFA d’importations en 2024, après des volumes quasi inexistants les années précédentes. Elle devient ainsi le deuxième fournisseur de ce groupe sur la période.
Le Sénégal (208,1 millions de FCFA cumulés), la Guinée (61,7 millions en 2024), l’Arabie saoudite (52,1 millions), la Sierra Leone (25,8 millions) et l’Iran (19,2 millions) restent des fournisseurs secondaires.
Bien que leur poids demeure limité, ces flux illustrent une diversification progressive des sources d’approvisionnement pharmaceutique du Burkina Faso et l’apparition ponctuelle de nouveaux partenaires commerciaux.
Par Lomoussa BAZOUN, Sira Info




